Le perfecto: 90 ans d'anticonformisme.



L’incroyable histoire de cette veste iconique commence en 1913 à New York dans le Lower East Side où les Freres Schott, Irving et Jack, fondent une société spécialisée dans les vêtements de pluie. Ils décident de se spécialiser dans les vêtements pour motard dès 1920. En effet, pendant la 1ere Guerre Mondiale, les fermiers avaient pour obligation de fournir des peaux de chevaux au gouvernements américain afin de confectionner des vêtements résistants pour la guerre. Les freres Schott récupèreront des stocks restants après la guerre afin de développer leurs collections de vêtements de motards. C’est un véritable succès puisque les frères Schott déménageront dans le New Jersey en 1928 pour une installation beaucoup plus grande.

C’est durant cette même année que la boutique Harley Davidson située à Long Island commande aux frères Schott un blouson en peau de cheval très résistant pour leurs clients motards. Irving Schott se chargea alors de designer le blouson parfait en utilisant les fermetures éclairs utilisées sur les jeans Lee. C’est la première fois que l’on retrouve un blouson en cuir nippé. Irving Schott décida d’appeler ce blouson en hommage à sa marque de cigare préféré : Perfecto.

Même si le Perfecto se popularise avec Clark Gable dans les années 30, il traverse la décennie suivante dans un relatif anonymat puisque ce sont surtout les blousons d’aviateurs qui sortent leur épingle du jeu pendant la 2nde Guerre Mondiale.

A  la fin de la guerre on voit se former des clubs de motards, pour la majorité d’anciens soldats. Lee Boozefighters, un club californien surtout connu pour avoir été à l’origine d’une rixe, inspira le film The Wild Ones (L’Equipée Sauvage) avec Marlon Brando en 1953. Le blouson en cuir du New Jersey entre alors dans la légende. C’est avec l’avènement du rock n Roll aux Etats unis que le Perfecto deviendra le symbole d’une jeunesse américaine en mal de liberté. Les adolescents ne rêvent plus d’une vie stéréotypées comme celle de leurs parents, ils aspirent à la liberté et l’insouciance qui sont caractérisés au cinéma par le film de Nicholas Ray en 1955 « La fureur de vivre » interprété par le sulfureux jeune acteur James Dean.

Le jean et le perfecto représentent le symbole de toute une génération de consommation de masse d’après guerre qui revendique peu à peu une liberté d’expression. Porter un Perfecto dans les années 50 aux Etats Unis, c’est avant tout pour la jeunesse américaine renier tous les codes de la bienséance et du bon ton. Prendre son fils pour un voyou dans une banlieue aseptisée en plein cœur des Etats Unis devient la hantise mais surtout une  honte incommensurable de
centaines de milliers de familles encore attachées aux valeurs puritaines américaines. Le Perfecto finira par être banni des écoles aux Etats-Unis. Malgré tout, James Dean ou encore Elvis Presley, les deux grandes idoles des jeunes ne quittent pas leurs 613 et 618, les deux modèles emblématiques de Perfecto créés par les freres Schott.

A la fin des années 50, les rockers, contre-culture britannique et descendants spirituels des Teddy Boys fond leur apparition tandis qu’en France on parle surtout des blousons noirs portés par des jeunes stars montantes de la musique : Johnny Hallyday et Eddy Mitchell qui n’hésitent pas à exhiber leurs blousons en cuir.

Pourtant, la mode de ce blouson en cuir s’essoufle dans les années 60 et début 70, l’époque se voulant plus calme… Cette sagesse fut rapidement balayée par les chocs pétroliers, la montée du chômage et les politiques d’austérités après toutes ces années de prospérité économique. La jeunesse s’insurge et le mouvement punk apparaît avec ses icônes qui portent toutes le Perfecto. Aussi bien aux Etats-Unis avec les Ramones ou encore Richard Hell qu’en Angleterre avec les Sex Pistols et les Clash, tous dégainent le perfecto, ce blouson toujours autant symbole de rébellion et d’anticonformisme. La marque Schott en profite alors pour sortir son nouveau perfecto en cuir de vachette, beaucoup plus souple et popularisé par Sid Vicious des Sex Pistols: la cible de Schott n’est plus le motard en soif de liberté mais le punk citadin et rebelle.

Depuis, le Perfecto n’a jamais cessé d’être populaire. Dans les années 80 et 90, il reste encore stigmatisé « blouson pour voyou ou marginal ». Mais c’est avec le revival du rock dans les années 2000 que le Perfecto fait son entrée dans le Panthéon de la mode. Porté par des stars telles que Hedi Slimane, Kate Moss ou Pete Doherty, le Perfecto devient un blouson à la fois culte et tendance.

Aujourd’hui, le Perfecto est devenu un basique de notre dressing : de nombreuses marques, de la grande distribution au luxe, proposent des perfectos dans leurs collections. Il est devenu un essentiel voire même un basique de notre vestiaire et pourtant il continue d’insuffler aux personnes qui le porte un sentiment de liberté et d’impertinence.

 


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